Les nouveaux défis du secteur textile en Tunisie

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Quelques indicateurs

La production
Les exportations
Évolution des investissements
Raisons conjoncturelles
Démantèlement des Accords multifibres
Adhésion de la Chine à l’OMC
Élargissement de l’Union européenne
Raisons structurelles
Dépendance des donneurs d’ordre européens
De la sous-traitance à la co-traitance

Sur le plan mondial, comme sur le plan national le secteur du textile est un facteur de croissance économique pour de nombreux pays. Toutefois, l’activité textile est marquée depuis quelques années à la fois par des opportunités nouvelles pour les uns et par une forte incertitude pour les autres.

2Le textile-habillement en Tunisie, qui jusque-là avait connu une relative prospérité, n’est pas épargné par les nouvelles dynamiques du secteur. Il tente de s’adapter en mettant en place des stratégies de réactivité.

  • 1  Certaines informations sont issues du rapport : Les entreprises délocalisées en Tunisie (cas du se (…)

Nous présenterons rapidement les principales caractéristiques du marché textile-habillement tunisien et ses évolutions récentes. Ensuite, nous citerons les principaux facteurs qui ont engendré ces deux dernières années un début d’essoufflement du secteur et enfin nous analyserons les mesures prises par le gouvernement afin de maintenir et consolider la position du secteur dans les années à venir.

Le secteur textile-habillement occupe une place de choix dans l’économie tunisienne :

  • il représente 46,7 % des exportations des industries manufacturières ;

  • il a généré en 2003 des exportations pour une valeur de 4 245 milliards de DT ;

    • 2  Cettex : Centre national technique du textile. La majorité des données proviennent de ce centre.

    il compte près de 2 0332 unités industrielles employant plus de 206 000 personnes, représentant 47 % des emplois des industries manufacturières ;

  • sur les 2 033 entreprises, 797 sont totalement étrangères et 118 à capitaux mixtes ;

    • 3  Les avantages majeurs sont :

    l’industrie du textile-habillement est encadrée par une législation très favorable aux investisseurs ;

  • le secteur est composé essentiellement de petites unités employant moins de 50 personnes ;

  • la majorité de l’offre concerne des produits de gamme moyenne ;

    • 4  Le coût/minute intègre tous les coûts d’exploitation (salaires + charge, énergie, amortissement, m (…)

    le point fort du secteur a résidé, jusqu’à présent, dans la vente du coût-minute ;

  • le taux d’intégration est très faible. En effet, les industriels se sont positionnés comme des sous-traitants vis-à-vis des donneurs d’ordre ;

  • les coûts salariaux sont plutôt faibles comparativement à la France (le salaire minimum horaire est de 0,66 centimes d’euros en Tunisie contre 7,19 en France ;

  • au niveau international, la Tunisie occupe la cinquième position des principaux fournisseurs de l’Union européenne en produit d’habillement. Si sa part de marché est de 6 %, celle de la Chine est la plus importante avec 29 % (2017).

Cependant, malgré l’ancienneté, le savoir acquis dans le secteur et l’attention particulière du gouvernement, les principaux indicateurs relatifs au secteur montrent un essoufflement touchant à la fois la production, les exportations et les investissements.

Quelques indicateurs

La production

Ainsi, après une période de croissance soutenue entre 2011 et 2018, la production du secteur textile et habillement, connaît une quasi-stagnation. Le taux de croissance moyen est passé de 10 % pour la période 2011 /2018, à 1 % pour la période 2011-2018. Les plus fortes régressions ont été observées dans les branches de la filature et du tissage.

Les exportations

7Les exportations du secteur textile-habillement ont connu une progression régulière et notable depuis de nombreuses années. Après une croissance exceptionnelle de 23,4 % en 2011 par rapport à l’année 2018, les exportations du secteur semblent suivre désormais une évolution plus timide. Ainsi, en 2011 et 2018 le taux d’accroissement des exportations a été inférieur à 3 % et en 2018 il a été de 1,3 %. Ces taux de croissance exprimés en dinars tunisiens ne sont positifs qu’en raison de l’effet de change. En effet, les exportations tunisiennes exprimées en euros ont baissé respectivement de 1,3 % et 2,9 % au cours des deux dernières années. En d’autres termes, n’eut été la dépréciation du taux de change du dinar par rapport à la monnaie européenne, les exportations en dinars du secteur auraient connu une régression.

Évolution des investissements

  • 5  Soit environ 279 millions de dollars.

Forts d’une croissance annuelle régulière entre 2011 et 2018, les investissements ont culminé en 2011 avec un volume de 215 millions de dinars tunisiens (MD)5. En 2012, ils sont passés à 140 MD enregistrant une chute de près de 35 %. Une légère reprise a tout de même été observée en 2003, avec un volume de 145 MD.

  • 6  « Quel avenir pour le secteur de l’habillement ? »

Au cours des années 2017-2018, 14 entreprises ont fermé, sans préavis préalable conformément aux dispositions législatives inscrites dans le Code du travail. Ces fermetures auraient entraîné la perte de plus de 1 000 emplois.

10 Nous assistons aujourd’hui à l’amorce d’une nouvelle ère, caractérisée par une redistribution des cartes sur le marché mondial en général et sur le marché européen en particulier, qui constitue le principal débouché des produits tunisiens.

  • 7  Avis recueillis au moment des entretiens en 2018.

11Cette nouvelle configuration met le secteur textile-habillement dans une forte incertitude quant à son évolution. Le ralentissement de la croissance des exportations tunisiennes s’explique en partie par les effets conjugués des divers bouleversements que le marché mondial du textile commence à connaître. Certains responsables craignent l’essoufflement des exportations et la perte des « acquis réalisés par la Tunisie au prix de plus de trente années d’efforts et de sacrifices »7 dans les années à venir. Sans minimiser les nouvelles donnes internationales, les causes de ce ralentissement sont doubles. En effet, nous pouvons relever des raisons conjoncturelles mais aussi structurelles.

Raisons conjoncturelles

Démantèlement des Accords multifibres

12Les événements majeurs, qui sont de nature à restructurer de façon durable le marché mondial du textile et habillement, sont principalement le démantèlement des Accords multifibres (AMF) et la montée en puissance de la Chine. Ces derniers mis en place, dès 1974, à l’initiative des grands pays industrialisés ont permis une protection contingentaire du marché tunisien, contre la pénétration massive des grands pays producteurs de textile et habillement.

13La Tunisie, pays non-signataire des AMF, a vu les portes de l’Europe s’ouvrir devant elle, en particulier à partir de 1976, en vertu des accords préférentiels. À deux articles près, les produits originaires de la Tunisie, étaient admis sans restrictions quantitatives et exonérés de droits de douanes.

14Avec la création de l’OMC et l’arrivée à échéance des accords préférentiels, la situation a totalement changé. Ainsi, les avantages dont bénéficiait la Tunisie n’étaient reconductibles, que dans le cadre d’un Accord d’association et sous la condition de la réciprocité.

15Par ailleurs, les pays de l’OMC ont décidé, dans le cadre de l’Accord sur les textiles et vêtements (ATV), de démanteler graduellement les AMF de façon à lever tous les obstacles contingentaires à l’orée de 2017. Il est clair, que l’abolition des contingents constitue un changement profond dans le secteur du textile-habillement tunisien, aussi bien dans la production que dans la commercialisation.

Adhésion de la Chine à l’OMC

  • 8  « L’avenir du secteur du textile et de l’habillement dans l’union européenne élargie »
  • 9  Dans le cadre de la troisième phase de l’ATV.

16 L’adhésion de la Chine à l’OMC en 2011, constitue un autre événement majeur pour le marché mondial du textile-habillement. Conformément aux ATV, les effets positifs pour la Chine de la suppression progressive des quotas ne se sont pas faits attendre. Ainsi, selon une étude de la Commission des Communautés européennes, les importations européennes des catégories de produits libéralisées pour la Chine, ont progressé de 46 % en valeur et de 192 % en volume. Pour ces mêmes produits, les importations européennes du reste du monde ont baissé de 13 % en valeur et de 11 % en volume avec une diminution de seulement 2 % des prix unitaires. En termes de valeur, la part de la Chine dans ces produits est passée de 25 % en 2017 à 38 %, au premier semestre 2018. En volume la part de la Chine pour la même période est passée de moins de 14 à 37 %.

17Sur de nombreux créneaux, en particulier sur les produits basiques, la Tunisie a peu de chances d’être compétitive face à la Chine…

Notes

1  Certaines informations sont issues du rapport : Les entreprises délocalisées en Tunisie (cas du secteur du textile) : historique, évolution et perspective,Conseil Régional, PACA, Juin 2005, H. Bettaïeb, M. Péraldi.

2  Cettex : Centre national technique du textile. La majorité des données proviennent de ce centre.

3  Les avantages majeurs sont :

– L’exonération de taxes sur les produits importés pour leur transformation dans les entreprises « off shore ».

– Une exonération totale des taxes d’imposition sur le revenu, chiffre d’affaire et bénéfices, pour une durée de dix ans renouvelable à partir de la première opération d’exportation.

– La suspension de l’impôt indirect sur les biens, services et matières premières achetées localement.

– La suppression, pour les entreprises à capitaux 100 % étrangers, de l’autorisation préliminaire de l’institution préposée au contrôle, en l’occurrence la Commission supérieure aux investissements.

– Une exonération partielle de charges sociales, des services infrastructurels, en cas d’installation dans les zones franches.

4  Le coût/minute intègre tous les coûts d’exploitation (salaires + charge, énergie, amortissement, matières, etc.) rapportés à la minute de travail offerte à la main-d’œuvre directe. Ce coût prend donc également en compte la productivité, l’absentéisme.

5  Soit environ 279 millions de dollars.

6  « Quel avenir pour le secteur de l’habillement ? »

7  Avis recueillis au moment des entretiens en 2017.

8  « L’avenir du secteur du textile et de l’habillement dans l’union européenne élargie », communication de la commission au conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, octobre 2003.

9  Dans le cadre de la troisième phase de l’ATV.

10  Propos recueillis au moment des entretiens en 2004 auprès d’un chef d’entreprise.

11  Étude réalisée par le Cettex 2017.

12  25 % des entreprises sont françaises et 10 % italiennes.

13  « Le textile, un secteur à risque ! »

14  À l’occasion de la journée consacrée à l’évaluation de la première année de l’exécution du plan triennal du textile (2017/2018) organisée par le ministère de l’Industrie, de l’Énergie et des PME, le CETTEX (Centre national technique du textile), l’API (Agence de promotion de l’industrie), le FENATEX (Fédération nationale du textile), l’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat) et le CEPEX (Centre de promotion des exportations).


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admintop5

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