LIVRE DE M. MUSTAPHA KAMEL NABLI


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LIVRE M. MUSTAPHA KAMEL NABLI

Dans son nouvel ouvrage J’y crois toujours: au-delà de la débâcle … une Tunisie démocratique et prospère aux éditions Sud Éditions, en vente en librairie à partir de ce jeudi 28 mars, l’économiste et homme politique Mustapha Kamel Nabli décrit tout d’abord une version synoptique et synthétique des événements politico-économiques avant et pendant la période révolutionnaire, puis analyse en détail les développements subis par le pays au niveau social, économique et financier, et livre enfin ses projections pour le court, moyen et long terme.

L’auteur précise qu’il ne prétend pas apporter de “réponses définitives”, ni avoir la “solution miracle aux maux qui rongent l’économie tunisienne. Il promet cependant d’essayer de rassembler un maximum de données qui permettront de “mieux saisir ce qu’il s’est passé, d’analyser les risques et proposer des voies de sorties.

Les prémices

Dans la première partie du livre, Nabli commence par constater que l’impact de la crise de 2007-2008 était terrible pour la Tunisie en rapport à la politique macroénonomique tunisienne pendant la période qui a suivi cette crise et précédant la révolution.

Au niveau économique, la faiblesse économique structurelle est définie par une faible transformation structurelle, une faible dynamique du secteur privé et un faible taux de participation dans la vie active.

Le chômage est également en augmentation durant cette période: en 1999, les chômeurs diplômés de l’enseignement supérieur étaient de 5% sur l’ensemble des chômeurs, contre 28% en 2010.

Déjà, les inégalités dans le niveau de vie et de pauvreté dans les régions étaient importantes, ainsi que la présence de fortes disparités dans le développement économique des régions.

Avec la révolution, la Tunisie passe par un long et douloureux processus de transition politique.

“De janvier 2011 à début 2019, trois Présidents de la République, et 11 gouvernements, avec 7 chefs de gouvernement, se sont succédés au pouvoir”.

En plus de l’instabilité politique, le pays traverse des périodes d’instabilités sociales, et des attaques terroristes, notamment en 2015, aggravant la crise sécuritaire et provoquant un impact économique désastreux, car ces dernières impliquent des dépenses sécuritaires conséquentes, qui s’ajoutent aux crises du secteur des phosphates et des hydrocarbures.

Ces 3 crises ont eu comme résultats des pertes astronomiques. Sur la période 2010-2018, elles sont estimées à 42 millards de dinars.

LUDOVIC DEBONO VIA GETTY IMAGES

L’analyse

Dans la seconde partie du livre, intitulée “Radioscopie d’une crise profonde”, Nabli dénonce des pratiques politiques: des politiques budgétaires qui ont échoué à répondre justement aux chocs subis, ne sachant juger si ceux-ci seraient permanents ou passagers, un “système clientéliste”, une “corruption endémique etc. De nombreux clivages au sein même du paysage politique (multiplicité des partis, difficultés à former des coalitions stables), sont responsables de son éclatement et de son instabilité.

Les secteurs d’activités “sinistrés” du tourisme, des phosphates et des hydrocarbures, ainsi que le secteur de l’administration représentent 40% de l’activité économique après la révolution, ce qui indique que le PIB n’est finalement pas fiable en terme d’indices économique de développement estime-t-il.

Le taux de chômage est lui aussi trompeur: il atteint 17,2% en 2012 et se stabilise à 15% ou 15,5% depuis 2018, mais non pas grâce à la création d’emplois, plutôt à cause d’une baisse de l’augmentation de la population active.

Nabli évoque également l’économie informelle. Par économie informelle, il entend: les individus ou entreprises qui se soustraient à l’observation, le contrôle et l’autorité des réglementations fiscales en vigueur; la contrebande de produits importés et les activités dites criminelles (commerce de drogue, des armes, passages clandestins des frontières). D’après des études, l’économie informelle représenterait 31% du PIB, pour l’année 2015.

La corruption, elle aussi, impacte les marchés: 36% des entreprises estiment que la corruption est un obstacle à leurs opérations.

En outre, bien qu’ils soient censés aider et soutenir, les deux programmes d’appui du FMI envers la Tunisie ont été appliqués en retard, ou pas du tout appliqués.

Les solutions

Dans la troisième et dernière partie du livre, l’ancien gouverneur de la Banque Centrale conçoit 2 scénarios: celui de l’enlisement, dans lequel la Tunisie s’enfonce encore plus dans des difficultés économiques et sociales, et celui d’une reprise économique et d’un retournement de situation, même s’il admet que ce dernier est “peu plausible et irréaliste”

Pour les deux cas de figures mentionnés plus haut, les marges de manoeuvre sont réduites et en cas d’échec, les conséquences seraient déplorables.

Nabli prône donc de résoudre d’abord la crise politique, en clarifiant les responsabilités de décideurs, notamment dans l’exécutif, en faisant que le système électoral dégage des majorités claires, en mettant en place un gouvernement stable, appliquant la règle de droit et non motivé par des intérêts personnels, ainsi que l’établissement d’une relation constructive entre le législatif et l’exécutif.

La Tunisie a besoin de l’équivalent d’un “Pacte Fondamental” ou une “Constitution” économique et sociale.Mustapha Kamel Nabli, “J’y crois toujours”, Sud Editions, Page 160

 

Il avise également de lutter contre la corruption et l’économie parallèle, mais aussi contre la fraude et l’évasion fiscale.

Est également préconisée la mise en place d’un plan d’action contre l’exclusion des régions défavorisées, en y réduisant la pauvreté, en y créant des entreprises, en y mettant à niveau les services publics et les infrastructures.

Concernant les secteurs “sinistrés”un retour à la normale est primordial, car il permettrait de réduire les besoins d’endettement extérieur et la pression sur le taux de change.

Il y a la nécessité, concernant les finances publiques, de réallouer les budgets vers plus d’investissements et de financements de grandes réformes comme l’éducation et la santé, et non dans des dépenses de consommation.

Finalement, Nabli définit les enjeux comme tels: “renforcer le capital social, la confiance et la citoyenneté; reconstruire un État fort, plus juste et efficace; renforcer l’accumulation de capital humain et de capital physique; faire contribuer le secteur privé à l’investissement, l’innovation et la création d’emplois, introduire des notions de justice sociale et d’inclusion; parer aux inégalités territoriales; faire augmenter le taux de participation active; faire face aux enjeux des ressources naturelles et du changement climatique et tenir compte des mutations géopolitiques mondiales et régionales”.

Ce n’est qu’à ces conditions que la Tunisie “réussira le miracle d’une sortie de crise rapide et durable”.


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admintop5

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